Partager l'article ! La west coast et le Hip Hop: West Coast ain’t Hip Hop ? Ignoré par de nombreux français qui restent pe ...
Los Angeles. 1969. La sensation de l’année chez les danseurs de rue, c’est un jeune black du nom de Don Campbell qui l’introduit. Il n’est pas le meilleur, mais il apporte quelque chose de nouveau en s’arrêtant entre deux phases, comme s’il verrouillait ses membres, parfois presque accidentellement. Les autres danseurs vont alors baptiser son style le « Campbellock ». Bien sûr il s’est inspiré de « The Robot », la danse qui fait fureur depuis que les danseurs de rue regardent des émissions présentant des automates à la TV. Mais Don Campbell y a ajouté des mouvements totalement à l’opposé de ceux contrôlés et gainés des robots : son corps se gonfle et se dégonfle comme mu par une force hydraulique, il enchaîne des aller - retour avec ses membres dessinant des formes mouvantes et saupoudre le tout de pas rappelant fortement les claquettes. Rapidement les premiers « lockers » attirent l’attention par leur tenue clownesque (gants blancs, grands chapeaux, chaussures surélevées, pantalons larges aux genoux), animent leur visage d’expressions aussi diverses que soudaines et font apparaître des signes dans l’espace. Tout un programme ! Le Lock est né, et il va se propager progressivement à toute la Californie, devenant un élément fort de son identité…
D’autant plus que Don Campbell fait ce qu’il faut pour renforcer le mouvement. D’abord il sort son propre maxi 45 tours, logiquement appelé « Do the Campbellock » ( on y entend même le claquement propre au lock). Puis on le voit de plus souvent à « Soul Train », une émission TV importée de Chicago à L.A en 1971 par Don Cornelius. Or « Soul Train » est précisément le média du moment pour capter les nouveaux styles de coupes, de sapes et… de danse. Mais au bout d’un moment Campbell et ses potes tels que Rerun demandent un salaire pour leur contribution au succès de l’aventure ! Non seulement ils ne l’obtiendront pas, mais le « Lock » sera banni de Soul Train. Un coup qui aurait pu mener à la régression du lock… Mais au lieu de cela va naître le premier groupe de danseurs de rue professionnels, le collectif « The lockers » avec, parmi les 7 membres, Shabadoo et Slim The Robot.
Peu après, Toni Basil, célèbre chorégraphe télé, tombe sous le charme du lock, l’apprend et entre même dans « the Lockers ». Elle va contribuer à faire connaître le lock dans le monde entier en dégotant des apparitions à son groupe en première partie des plus grands spectacles, dans des pubs et des shows télé et en apportant sa touche perso au lock.
Pendant ce temps à l’autre bout du pays, autour de New York et de Philadelphie, les futures disciplines fondatrices du mouvement hip hop naissent et se développent : le graffiti contribue à colorer la ville et les premiers DJs favorisent la naissance de la breakdance en mettant bout des petits morceaux d’instrus, les break beats. Mais, contrairement à ce que beaucoup croient encore maintenant, la Californie est loin d’être en reste à cette période. Elle se révèle même être un foyer de créativité incontestable en matière de danse de rue.
La deuxième vague va partir en 1975 de Fresno, une petite ville située entre L.A et San Francisco. Là, Boogaloo Sam , fortement impressionné par les performances de The Lockers, commence à créer son propre style. Influencé aussi bien par des danses afro - caribéennes que par le jerk, les claquettes ou par « The Robot », le jeune Sam bouge toutes les parties de son corps de manière fluide et reliée. Ses membres prennent tous les angles possibles, mais souvent avec des mouvements en cercles qui assurent aussi bien ses transitions, ses déplacements que des décompositions. Ce style sera appelé Boogaloo suite au morceau « Doing the Boogaloo » de James Brown. Non content d’avoir introduit cette nouvelle danse, le leader des Electronic Boogaloo lockers entraîne ses frères et ses cousins (Pistol Pete, Doc Boogaloo…) à mimer le passage d’un courant électrique dans leurs corps, faisant vibrer tous leurs membres de multiples « pops ». Le Popping composé de claquements et de petites impulsions formera avec le Boogaloo la combinaison appelée Electric Boogaloo, (l’ancêtre du fameux smurf français). L’Electric boogie utilise tous ces mouvements toutes ces mimiques racontant par la danse une histoire. Une histoire qui se passe comme par enchantement dans un univers de dessins animés peuplé de robots et de mimes. Ses personnages portent des costumes de gangsters des années 40 et les Stacey Adams. A cette époque Poppin’ et Boogaloo se dansent principalement sur le funk, la musique reine en Californie. Ce même funk qui inspirera quelques années plus tard le développement du Gangsta Rap.
A la fin des années 70, l’electric boogaloo va se propager, à la suite du lock, aussi bien dans l’underground des rues californiennes que vers d’autres régions, aidé en cela par le tremplin de LA , la capitale américaine de la télévision. Ainsi, un peu avant les années 80, le pop et le lock ont dépassé leurs racines géographiques et ethniques : sur le chemin les asiatiques, nombreux en Californie et quelques latinos se sont joints au mouvement. C’est par exemple en 1978 qu’un mexicain du nom de Pop’ N Taco commence à se faire connaître chez les danseurs ( le même qui viendra s’installer en France quelques années plus tard). Pendant cet age d’or sont également apparus, entre autres, le « waving » (les vagues), le « puppet » (développé à partir du « mannequin style », c’est à dire l’attitude du pantin) ou le Cobra. Autant d’innovations provenant de différents coins du Golden State, Oakland, Sacramento ou San Francisco…
Aussi bien que les années 70 ont vu les disciplines fondatrices du hip hop se développer uniquement dans leurs fiefs de New York, les innovations des danseurs californiens se sont peu diffusées à l’est. Mais, ce que les émissions de TV n’ont pas réussi à provoquer, ce sont les danseurs eux même qui vont parvenir à le faire…
Un peu avant 1980, quelques émigrants avaient bien commencé à construire un pont entre les deux « mondes ». Loc- A –Tron (venu de Caroline du Nord) et Loose Bruce (de San Diego en Californie) avaient recréé chacun un groupe dans un quartier de New York, influençant des danseurs locaux comme les graffeurs Fabel et Mr Wiggles. Mais les deux compères, qui suivaient les prouesses des californiens depuis les glorieuses heures de Soul Train, durent attendre 1982 pour que Mr Freeze leur présente un certain Sugar Pop. Ce proche des « Electric Boogaloo’s » de Boogaloo Sam et ses frères leur enseigne alors les secrets du pop et du lock plus en détail. Et l’échange est total quelques mois plus tard quand Powerful Pexter, Mr Wiggles et Fabel rencontrèrent dans leur ville notre mexicain de Compton nommé Pop’n Taco ainsi que Shabadoo et Boogaloo Shrimp, deux autres pionniers californiens. Ces visiteurs venus de l’Ouest dans les bagages de Lionel Richie (alors en tournée) apprirent à mieux connaître le hip hop avec son break et son uprocking. En échange leurs hôtes new yorkais se perfectionnèrent en locking et en electric boogie. Et ils réalisèrent alors tous que leurs styles, quoique différents en pratique, se retrouvaient dans l’énergie et dans l’ esprit. De ce moment là, le hip hop adopta le boogaloo, le poppin’ et le lock…
Et la danse, renforcée aussi bien par ses nouvelles implantations que par sa récente diversité entame alors sa propagation et sa médiatisation. Shows TV, vidéo clips, films spécialisés, tournées. Chaka Khan, Gap Band, ou Whodini font appel aux poppers et aux lockers. Les films « Breakin’ I » et « Breakin II », « Beat Street », « Body Rock » et le célèbre « Wild Style » présentent en détail la danse hip hop et ses meilleurs représentants californiens. Le « poplock » est en plein age d’or et même la musique lui rend hommage. Pour exemple le titre « west coast poplock » de Ronnie Hudson produit par Roger Troutman ( à l’origine du célèbrissime California Love).
Mais au moment pour la danse hip hop de s’exporter vers d’autres continents, l ‘apport majeur de la californie ne sera pas crédité. Et c’est ainsi que les français croiront des années tout devoir à la seule ville de NY.
A la fin des années 80, le hip hop a depuis longtemps pris sa forme définitive et fait le tour du monde. Mais la danse urbaine continue à évoluer. Et la Californie à apporter sa pierre à l’édifice. La culture de gangs qui l’habite depuis 20 ans fait naître sa propre musique : le gangsta rap. Et en écoutant cette musique, le gang des Crips, tout de bleu vêtu, dessine des formes sur le sol. Avec les pieds ! Pendant que les mains équilibrent le tout ou découvrent des « gangsigns » (signes des mains montrant l’appartenance à un gang), participant à l’esthétique de l’ensemble. Ces danseurs d’un nouvelle génération croisent puis décroisent leurs jambes ou feignent de marcher sur du velours en désarticulant leurs pieds dans tous les sens. Naturellement ils baptisent leur danse « Crip Walk » ou plus discrètement « C Walkin’ ». Et bien sûr, dans le quartier d’en face, une « Blood Walk » va leur répondre… En 1992, quand intervient finalement la trêve de la guerre des gangs à Los Angeles, le C Walk est déjà lancé et il ne s’arrêtera plus. Le rappeur WC va être le premier à le médiatiser. Dès 1996 dans le clip du hit « Bow Down » (Westside Connection), puis en 2000 tout autour des USA au cours du gigantesque « Up In Smoke Tour ». Suivront Kurupt avec le titre « C Walk » et Snoop avec son morceau « C-Walkin » extrait de « Dead man walkin’ ». Et puisque la Californie, elle, n’a pas oublié ses racines ; en 2001, quand Master P a choisi de réunir des grands noms du rap californien tels que Daz, Goldie Loc, WC et E 40 pour un morceau, il l’a baptisé « Pop Lockin’ II ».
IF U DON’T KNOW, NOW U KNOW!
Ecrit en 2003 par DJ Gone CMP
Gansgta rap, mythe ou réalité? Liens entre les gangs et le rap...
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